Jaïl : étranger partout, déchiré et enragé !

Što se dereš, « Pourquoi tu te déchires ?» demandent les Oyonnaxiens de Jaïl sur un nouvel album entre metal hardcore et arabesques orientales.  Bosniaque en France, Français en Bosnie et l’envie de hurler sa rage. Entretien avec le chanteur Admir Saïn.
Admir Saïn. Jaïl dans la peau/Photo Manon NADOLNY

« Zdravo smo se vratili !» « Coucou nous revoilou » en Bosniaque. Jaïl vient de sortir un nouveau album titré Što se dereš, « Pourquoi tu te déchires ?», toujours en Bosniaque, la langue maternelle de son leader historique Admir Saïn. Sorti en catimini début 2019, le disque est aujourd’hui distribué par le label M & O Music. Stranac (L’Etranger), le clip et single qui en est extrait, est en ligne sur YouTube depuis le 17 janvier.

Pour mémoire, Jaïl à fêté ses 25 ans d’existence en 2019. Les Oyonnaxiens avaient effectivement tout déchiré en 99 aux Eurockéennes de Belfort, puis aux Découvertes du Printemps de Bourges 2000. Après des hauts, des bas, le quatuor revient avec un line-up tout neuf : chant (en Bosniaque et un tout petit peu en Français), guitare, basse, batterie. Le disque est le troisième du groupe, sans compter les maxi et un live. Huit titres, plus un « chanté a capella avec ma femme, comme à nos tout débuts ».

« Mais mon fils, pourquoi tu cries toujours !?»

Put Putuje latif aga clôt ainsi en douceur un album de bruit et de fureur. Jaïl reste clairement identifié metal hardcore avec guitares barbelées, rythmique plombée et voix hurlée. « A 45 ans, j’ai toujours cette énergie en moi. J’ai besoin de rock’n’roll, que ça envoie du bois » rigole Admir. Što se dereš est un clin d’œil à sa mère. « Elle me disait toujours, « mais mon fils, pourquoi tu cries toujours !? Pourquoi tu te déchires ?»

Enfant du monde, étranger partout

La pochette de /Photo DR

La pochette, elle, représente « la fontaine du village où est né mon père ». La famille est au cœur d’Amir. Elle est le lien entre ses deux patries. « J’ai deux passeports, deux cartes d’identité. La France m’a adopté mais la Bosnie coule dans mes veines ».

C’est cette double nationalité qui donne à Jaïl toute sa singularité. Elle est aussi source de déchirement. Outre le chant bosnien, des mélodies orientales viennent dessiner leurs envoûtantes arabesques. Entre autres. « J’ai grandi dans un quartier populaire où l’on écoutait aussi bien Brel que du rap, du raï ou du vieux blues ». Enfant du monde, étranger de partout. Stranac.

« Quand je vais en Bosnie, on m’appelle « le Français ». En France, on me regarde en coin quand je dis mon nom. « Ça vient d’où ça ?» Admir Saïn doit subir « l’islamophobie, l’arabophobie assumée, parce que je suis de culture musulmane, même si j’ai arrêté de croire en Dieu ! Et encore. Je suis blanc avec des tatouages. Imagine si j’avais été basané !»

« Je suis blanc avec des tatouages. Imagine si j’avais été basané ! »/Photo Manon NADOLNY

« Fier de travailler et de pouvoir faire un doigt à qui je veux »

Sans doute pour ces raisons considère-t-il la musique comme un exutoire et pas du tout comme un métier. « J’en ai besoin pour me vider la tête. Mais je n’ai jamais été intermittent. J’ai toujours travaillé à côté. C’est ma grande fierté et notre liberté. On a payé cet album avec nos économies. On fait les choses nous-même, sans rendre de comptes à qui que ce soit. Je me lève tous les matins et je ne réclame de thune à personne. Et sur scène, je peux faire un doigt à qui je veux !»     

Dark Mazy

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