« Toï toï » Suzane ! Ton premier album est une merveille

« Toï, toï !» De l’Allemand « toi, toi, toi ». Expression utilisée par les artistes pour se souhaiter bonne chance. Une façon élégante de se dire « merde » ou de cracher par terre. « Toï, toï » donc au premier album de Suzane.
/Photo Marc DAZY

On l’a rencontrée au Printemps de Bourges 2019 comme on se prend l’autobus à contresens. Tombé raide dingue de ce petit bout de rousse en grosses baskets et salopette bleu-blanc-noir, moitié ninja, moitié mousquetaire du roi. Une guerrière seule en scène derrière ses machines, une danseuse galactique, une chanteuse hors-pair et une fabuleuse conteuse d’histoires vraies sur fond d’électro fêtarde, castagneuse ou rêveuse.

Suzane a beaucoup tourné depuis le Printemps. On l’a notamment revue en novembre à la Tannerie de Bourg et on s’est repris l’autobus en pleine face. Il n’y avait que 200 personnes dans la salle ! Une misère pour une artiste de cette trempe qui s’apprête à triompher aux Victoires et blinder les Zéniths.

Jeune femme, fine observatrice

/Photo DR

Tout ça pour dire que Toï Toï a trouvé son public avant même sa sortie fin janvier. A part les Bressans qui n’étaient pas au courant, des milliers de gens ont déjà dans l’oreille ces chroniques cinglantes du temps présent. Des portraits d’une justesse confondante croqués en quelques traits incisifs. Pas loin des premiers couteaux du genre, Eddy de Pretto ou Stromae, mais si différente puisque c’est une jeune femme qui exprime son point de vue. Une serveuse de bar qui a bien observé ses contemporains en essuyant les verres au fond du café.

Défilent l’insatisfait qui fume, fume des Vogues hallucinogènes, Monsieur Pomme accroc des réseaux sociaux, Madame Ademi et sa petite vie, les harceleurs de tous poils, les globe-trotteurs en voyage sur Google Maps, la flemme, les potins, la goujaterie, l’homophobie, la dictature de la taille fine… C’est drôle, souvent cruel, toujours touchant, jamais gratuit, bien vu et remarquablement écrit.

L’art de l’esquisse

Rien à jeter des quatorze titres, excepté le single Il est où le SAV ? biguinette écolo/gros sabots sur la planète cassée qui dénote dans cet univers si singulier.

On préfère Suzane lorsqu’elle suggère la terreur du 13 novembre en un bouquet de fleurs. Ou qu’elle esquisse l’homosexualité féminine chez une Anouchka belle à pleurer. Sa mélodie russe suspendue à un mélodica clôt l’album en douceur. Toï toï ! Prévoir un peu de temps pour redescendre.          

Suzane. Toï toï. 3e Bureau/Wagram Music

Dark Mazy

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