Didier Wampas : « On rêve tous d’un poisson qui n’existe pas »

Après avoir inventé le rock’n’roll, Les Wampas (Vampas ? Ouampas ?) ambitionnent de « Sauvre le monde », comme ils l’affirment sur leur 13e album. Vaste entreprise où il est question du dernier cormoran et de Sacha Distel, de vomissure triangulaire et de Mylène Farmer. Avant le concert du 14 mars à la Tannerie de Bourg, Didier Wampas refait le monde à sa manière : lunaire, naïf, spontané. Et c’est qui le Roi ?

Tu connais l’histoire du type qui assiste pour la première fois à un concert des Wampas ? Il avise un fan et lui demande :

Excusez-moi. On dit Les « Vampas » ou Les « Ouampas » ?

Les « Ouampas », lui répond l’autre.

Ah, bien, merci. Vous êtes d’ici ?

Non, non. Moi je suis en ouacances !

Didier Wampas rigole. « Je la connaissais avec Waterloo. Mais avec les Wampas, ça marche aussi !»

/Photo Youri LENQUETTE

Les Wampas aussi font des fautes de Français. Votre dernier album s’appelle « Sauvre » le monde…

Ça vient de l’ingé son américain. Il avait mis « Sauvre » au lieu de « Sauver ». On l’a gardé. « Sauvre » amène un peu de poésie. Sauver le monde, c’est compliqué. Si on essaie de le sauvre, peut-être qu’on y arrivera !

« Le c’était mieux avant, j’y crois pas »

Tu le « touvres » mal en point le monde ?

/Photo Youri LENQUETTE

Ce n’est pas pire qu’avant. Le réchauffement climatique, la pollution, les guerres… Plein de choses remontent à la surface. Tant mieux, on en parle plus. Mais le « c’était mieux avant », j’y crois pas. Les choses avancent. Je ne suis pas du tout pessimiste. Les gens exagèrent depuis l’an mille, quand ils croyaient déjà à la fin du monde.

Tu crois qu’il peut évoluer de façon positive ?

J’espère. Prends l’énergie, les transports. Il y aura tellement d’argent pour celui qui fera rouler quatre roues sans pétrole, qu’il sera… le roi du pétrole ! On a inventé le feu, la machine à vapeur… Et ça continuera.

« L’artiste n’est pas plus engagé que le boulanger ou le garagiste »

« C’est politique » comme tu dis ?

Tout est politique, rien n’est politique. Les décisions de tous les jours sont politiques. Est-ce que je prends le métro ou la voiture pour me déplacer, c’est politique.

Tu t’engagerais en politique ?

Non. C’est un métier et ce n’est pas le mien. Trop dur. Je connais le maire d’une petite ville. Il n’est jamais chez lui entre les mariages, les enterrements et les conseils municipaux. Les concerts me prennent déjà beaucoup de temps et ça, je sais faire !

Tu pourrais être artiste engagé…

Pas plus que les autres. On l’est dans chacune de nos actions, dans le bon sens ou les mauvais. Mais pas plus que le boulanger ou le garagiste.

/Photo Youri LENQUETTE

Niko de Tagada Jones dit qu’ils sont les derniers des Mohicans. Toi, tu te vois en dernier cormoran qui rêve d’un poisson qui n’existe pas…

Quand je fais du kayak à Sète, je m’aperçois que les cormorans s’en vont. Ils doivent migrer. Peut-être qu’un jour, il n’en restera plus qu’un. Le cormoran, c’est nous. On rêve tous d’un poisson qui n’existe pas.

Chansons improbables et histoire vraie

Dans le genre palmarès des chansons improbables, tu as trouvé le moyen d’en écrire une sur The secret life of Sacha Distel !

Oh c’est vieux ! C’est parti d’une bio de Vince Taylor. Il avait écrit un scénario sur la vie de Sacha Distel. Il s’imaginait comme acteur principal ! Ne manquait plus que le producteur.

Et Comme une vomissure triangulaire que tu fais rimer avec… Mylène Farmer !?

Comme une vomissure triangulaire, c’est un passage des Poèmes pour Mi d’Olivier Messiaen (NDR : compositeur de musique contemporaine, 1908-1992). L’expression m’a marqué.

D’où vient Roy, « qui votait Front national, était ch’ti et alcoolique, mais c’était le mec le plus gentil que j’ai connu…»

C’est une histoire vraie. Roy était un collègue de la RATP. Quand il est mort, sa femme m’a dit « fais une chanson sur lui ». Je ne banalise pas le FN. C’est vraiment sur une personne particulière. Maintenant, des Roy, tu en as plein en France.

« Je voudrais mourir sur scène, comme disait Dalida »

Qui sont les Wampas en 2020 ?

Les mêmes que la dernière fois. Niko (Schauer) à la batterie, Jean-Mi (Lejoux) à la basse, Tony (Truant) et Effello aux guitares, et moi au chant et à la guitare.

Effello, Didier, Tony, Jean-Mi, Niko. Les Wampas toujours à la fête
/Photo Youri LENQUETTE

Tu es déjà retraité de la RATP. Tu penses à ta retraite artistique ?

Non, j’ai le temps. Je voudrais mourir sur scène, comme disait Dalida.

Didier Wampas à la Tannerie en mars 2017. Trois ans après, va y avoir du sport !/Photo Marc DAZY

Sugar & Tiger, la formation avec ta compagne et tes enfants, ça te fait des vacances en famille ?

C’est plus simple, plus rock’n’roll. On arrive. On branche les amplis, on enlève le tee shirt et c’est parti. C’est plus en adéquation avec ce que je fais que ces grosses machineries, ces résidences qui me cassent les couilles, ces shows lourds et efficaces. Mais bon. C’est bien de faire les deux.

Tu fais toujours du vélo ?

Toujours, et pas mal de kayak.

Propos recueillis par Dark MAZY

Entretien à lire également en version papier dans le mensuel gratuit Graines de l’Ain de mars 2020, et sur le site grainesdelain.com

Les Wampas + Boycott. Samedi 14 mars, 20h30. Tannerie de Bourg. 25 €. https://www.la-tannerie.com/

Dark Mazy

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