Ange à la Tannerie de Bourg : On peut partir tranquille, torcher le cul au firmament !

« Merci d’être là, vous êtes courageux ! lance Christian Décamps à une Tannerie de Bourg au complet. En cette période de carnaval où l’on manque cruellement de masques, merci d’être venus, la peur au ventre mais heureux !»
/Photo Marc DAZY

Il est comme ça l’Ange en chef. Ironie légère et métaphores en toute situation, même grave. Un signe ? En ce samedi de Coronavirus, les entrées enregistrent une trentaine de défections sans raison, sur les près de 500 billets réservés. Les courageux (n’exagérons rien quand même…) qui sont venus évoquent l’épidémie à chaque instant. Se mouchent du coude, se serrent la bise et se font la main un peu moins que d’habitude. En attendant de partir tranquilles, « torcher le cul au firmament ». Ce soir, Ange fête ses cinquante ans et ça vaut tous les antidotes.

Messaline et rock’n’roll

/photo Marc DAZY

En guise de séraphins, les vieux démons de Messaline ont assuré une ouverture tout feu/tout flamme. « Vieux démons » est le titre de leur prochain album. On ignore si Satan l’habite, mais sur la foi des deux titres qu’on a découverts, ça va envoyer du bois chez Lucifer. Changement de personnel aidant, les forgerons de Bresse ont transformé leur métal lourd (et parfois plombant) en un alliage rutilant à base de pur rock’n’roll, rentre-dedans, compact et tranchant. Corona connait pas, sauf au bar. Messaline en grande forme s’amuse comme des gamins, tout contents d’étrenner leur joujou familier. Et mention au visuel qui mixe la Joconde et Lemmy Motörhead. Tout est dit.

Fou !

Que dire d’Ange cinquante ans après ? Le plus vieux groupe français (et franc-comtois) en activité doit avoir stocké suffisamment de chansons pour proposer un concert différent chaque soir pendant quelques décans. Celui-ci n’est sans doute pas le meilleur, mais force est de reconnaître que son univers traverse les âges sans dommage.

/Photo Marc DAZY

Le massif central, c’est Christian Décamps. Toge noire et barbe blanche, haut-de-forme sur le crâne, il est le père Fouras fouettard et bienveillant d’une musique qu’il a inventée. Théâtral au-delà du délire, il (sur)joue ses personnages, un coup marionnettiste, un autre capitaine Cœur-de-Miel imbibé de rhum blanc ou père Noël illuminé. Fou toujours, les yeux révulsés, la gueule et le corps tordus par ses chimères.

Groupe au top

/Photo Marc DAZY

Les quatre autres musiciens sont tous angéliques depuis plus de vingt ans. D’où la cohérence et le brio d’un groupe au top, à commencer par Hassan Hajdi en guitariste époustouflant et volubile. « Heureusement qu’il n’y a que six cordes !» rigole un connaisseur à la suite d’un solo interminable.

/Photo Marc DAZY

Avec Ange, il ne faut pas craindre les longueurs. Ces gens-là, Monsieur, ont l’éternité devant eux. D’autant qu’ils se reproduisent. Ainsi Tristan, fils de Christian, aux claviers et au chant. Réserve pour la voix de Stentor qui donne l’impression de s’égarer chez Garou. Sinon, ses arrangements et son toucher font merveille, rouages essentiels dans cette mécanique d’horloger.

Décamps père et fils, face à face aux claviers dans un troublant effet de miroir/Photo Marc DAZY

« Joyeux a-nni-ver-saire !»

Bien sûr, chacun aurait voulu (ré)entendre SA chanson. Quelle que soit la génération, on a en tous une qui nous correspond. Perso, c’est Caricatures, pièce de poésie surréaliste d’une puissance inouïe. A défaut, on a eu droit à ces morceaux d’anthologie que sont Le soir du Diable, Sur la trace des fées, Fou ! ou Ode à Emile, pour n’en citer que quelques-uns. « Un picorage à travers les âges et les Ange » selon les mots de Décamps. Le recul des ans permet d’apprécier mieux encore la force poétique et la finesse mélodique d’une œuvre monumentale.

/Photo Marc DAZY

Dommage que les éclairages pour temps de brouillard (les photographes ne vous remercient pas) et les fonds d’écran sans intérêt ne la mettent pas mieux en valeur. La musique suffit à vous embarquer. Après la reprise habitée de Ces gens-là, Ange est revenu célébrer ses noces d’or avec le public. « Joyeux a-nni-ver-saire !» scande la foule pendant qu’apparaît le logo des cinquante ans, et que défilent les portrait de tous les musiciens du groupe depuis les origines.

Ange préfère regarder devant lui, toujours plus haut. Pas un hasard s’il s’envole sur Hymne à la vie. « De lumière en lumière, je chante un paradis qui me brûle les yeux. Je vais brouter les cieux jusqu’à l’infini !» Une autre façon de torcher le cul au firmament.    

/Photo Marc DAZY

Dark Mazy

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