Les Musicales du parc des oiseaux maintenues bec et ongles

Ce dimanche 30 août à Villars-les-Dombes (Ain, près de Lyon), Julien Clerc a ouvert la 11e édition des Musicales du parc des oiseaux. Le festival est l’un des très rares en France à proposer une affiche gros calibre en ces temps de disette. Public affamé de concerts et artistes en mal de scène fêteront leurs retrouvailles après six mois d’absence. Même s’il faut y mettre le prix…

Musicales du parc des oiseaux. Véronique Sanson
Véronique Sanson, ici en 2015, revient au parc des oiseaux pour la 4ème fois !/Photo Marc DAZY

Le directeur du parc des oiseaux de Villars-les-Dombes a-t-il lu dans les entrailles de l’un de ses pensionnaires, lorsqu’il décida, un an à l’avance, de décaler la date des Musicales 2020 de juillet à début septembre ? « C’est ça, sourit Emmanuel Visentin. Je suis en relation avec la Chine et tout laissait augurer ce qui allait se passer cet été !»

Plus sérieusement, plusieurs facteurs ont dicté sa décision. « D’abord, l’ampleur prise par les Musicales. La quinzaine de dates consécutives interviennent dans une période de forte activité chez nous. Ce qui nous interdit de proposer des spectacles sur l’aire d’envol pendant quinze jours ». Ensuite, l’embouteillage de festivals en juillet. Et puis la météo, a priori moins orageuse début septembre.

Asaf Avidan Musicales du parc des oiseaux 2018
Asaf Avidan sur l’aire d’envol en juin 2018, image du monde d’avant/Photo Yves TONNERIEU

Pari gonflé

Divination ou pas, le maintien bec et ongles des Musicales en pleine débâcle festivalière, représentait un pari gonflé. « On n’a jamais lâché. Au moment du confinement, mon premier post disait : « Et si les concerts du parc des oiseaux étaient les premiers à rejouer en France ? » Pas loin. A ce jour, le festival est l’un des très rares à proposer une affiche gros calibre conforme à ses ambitions premières. Voire plus.  

Pourtant au printemps, l’événement avait du plomb dans l’aile. « De mi-mars à juin, on a vendu zéro billet ». L’opportunité ? « On a eu la volonté de rouvrir le parc tôt, le 18 mai. Après, on a beaucoup communiqué sur le dispositif d’accueil, insisté sur le respect des règles sanitaires. Cela nous a permis de rôder le protocole ».

Site éphémère et gestes barrières

Distanciation physique et gel hydroalcoolique, masques obligatoires, une place libre entre chaque groupe, ruées de fins de concerts interdites… L’organisation ne rigole pas avec les gestes barrières. « Sauf que sur l’aire de spectacles, ils nous obligeaient à réduire la jauge de 600 personnes au lieu d’un bon millier, explique Emmanuel Visentin. On a donc créé un site éphémère au fond du parc, avec 2000 places en gradins à ciel ouvert. On en utilisera 1000/1200 maximum. Pas question de prendre de risques ». Inconvénient : le nouveau site coûte un billet de 30 000 euros supplémentaires, somme toute raisonnable. Avantage : il rend l’aire d’envol aux oiseaux, ce qui n’est pas un mal pour les Musicales. Le public y gagnera en confort d’écoute et en visibilité.

Une affiche consensuelle et haut de gamme

Restait à le faire revenir. Pour ce faire, Emmanuel Visentin a composé une affiche consensuelle, éclectique et haut de gamme, en jonglant avec la disponibilité des artistes. Il s’en sort à l’honneur. De la programmation initiale, disparaissent Paolo Conte, Paul Personne, reportés l’an prochain si tout va bien, et Louis Bertignac, annulé. En contrepartie, se rajoutent Julien Clerc, déjà présent l’an dernier, Véronique Sanson qui revient au parc pour la quatrième fois (!), Jean-Baptiste « La voix de Johnny » Guégan, et la sublime diva africaine Angélique Kidjo.

L’envol des prix

Pourquoi les Musicales coûtent-elles si chères ? « Parce qu’on a une petite jauge et pas de subventions, répond Emmanuel Visentin en relativisant. Le ticket moyen est à soixante euros. Ce n’est pas plus cher que le carré d’or dans une salle de province. On a aussi des concerts à quarante euros, et ce sont ceux qui se vendent le moins bien !» Soit. Constatons simplement que sans atteindre le délire de Paolo Conte (150 € la place !?), les prix eux aussi s’envolent au parc des oiseaux. The Dire Straits Experience par exemple. 80 € pour voir un groupe de reprises de Dire Straits ! Money for nothing, qu’ils disaient ? Emmanuel Visentin se retranche derrière la ferveur populaire. « On a hésité à en faire deux, et on aurait peut-être même pu en vendre trois ».

Maalouf en duo : cher, pas cher ?

Et que dire des 85 € d’Ibrahim Maalouf ? Le site l’annonce avec « ses quinze musiciens, des cuivres chauffés à blanc, des percussions énergiques, une rythmique taillée dans le roc… un show décapant ». En vrai, le trompettiste virtuose présentera son prochain spectacle… en duo avec son guitariste ! Même si un bandeau précise que « cet événement n’est plus disponible pour le moment », ça fait désordre.

Musicales parc des oiseaux. Ibrahim Maalouf
2016. Ibrahim Maalouf empêché par l’orage, donne un concert impromptu et mémorable à l’entrée du parc/Photo Martin KLEBINDER

Alors ? Explications un peu gênées du directeur du parc. « Au départ, on avait négocié une exclusivité régionale sur deux concerts avec grand orchestre. Mais pour différentes raisons, le coronavirus notamment, la production s’est recentrée sur ce duo. Nous, on avait déjà lancé la billetterie, on ne pouvait pas revenir en arrière. Mais on a prévenu ceux qui ont réservé par courrier, avec faculté d’annulation ».

Dire aussi que l’étoile qui brillait au firmament du jazz fusion, a quelque peu pâli. Qui trop embrasse mal étreint. Sans reparler de cette affaire de mœurs pour laquelle il a été blanchi, l’artiste s’est beaucoup dispersé (boursouflé ?), quitte à laisser son âme en chemin. Rejouer de la trompette sans artifice, avec ce feeling, ce groove et cette alchimie magique, est sans doute la meilleure chose qui puisse lui arriver, et à nous aussi.

Après, 85 € ça se discute. Pour qui n’en veut pour son argent, ça fait cher le musicien. Les fans du Maalouf intimiste, eux, mettront la main à la poche. A condition de le savoir, puisque le site des Musicales n’en souffle pas un mot !

Le festival des retrouvailles

Cher, pas cher ? Pour un public sevré de spectacles depuis six mois, la folle envie de revoir enfin de vrais concerts « live » pourraient l’emporter sur les considérations financières. Pour des artistes en mal de scène, c’est un bonheur de rejouer devant des gradins peuplés de vrais gens. La 11e édition des Musicales sera celle de leurs retrouvailles et ça, ce n’est pas rien.

 

Musicales parc des oiseaux. Le public
Un public affamé de concerts. Mais attention aux gestes barrières/Photo Marc DAZY
Le programme

■ Dimanche 30 août, 20h30. Julien Clerc. 65 €.

Musicales parc des oiseaux. Julien Clerc
Déjà présent en 2019, Julien Clerc a ouvert la 11e édition ce dimanche/Photo Yves TONNERIEU

■ Lundi 31 août et mardi 1er septembre, 20h30. Zazie. 70 €.
■ Mercredi 2 septembre, 20h30. Angélique Kidjo. 40 €.
■ Jeudi 3 septembre, 20h30. Jean-Baptiste Guegan. 59 €.
■ Vendredi 4 septembre, 19h00 et 21h30 (complet). Vitaa et Slimane. 65 €.
■ Samedi 5 septembre, 20h30. The Dire Straits Experience. 80 €.
■ Dimanche 6 septembre, 20h30. Ibrahim Maalouf. 85 €.
■ Mardi 8 septembre, 20h00. Daniel Guichard et Maxime
Le Forestier. 50 €.
■ Mercredi 9 septembre, 20h30. Yannick Noah. 70 €.
■ Jeudi 10 septembre, 20h30. Véronique Sanson. 70 €. Complet.
■ Vendredi 11 septembre, 20h00. Sanseverino & Cali. 40 €.

■ Samedi 12 septembre. Gauvain Sers, 20h30.. 45 €.
■ Dimanche 13 septembre. La rue Ketanou, 20h30. 40 €.

Réservations, contacts. http://musicales.parcdesoiseaux.com/ Aucune place ne sera vendue au guichet. Chaque billet de concert donne accès au parc pour toute la journée.

Dark Mazy

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