Vagues, nouvel album : la fin du monde est aux portes de la nuit

Le quatuor bresso-lyonnais Vagues vient de sortir son deuxième EP cinq-titres. Aux portes de la nuit, c’est la destination fatale d’une l’humanité embarquée dans une course démente vers l’obscurité du vide. Orage et désespoir sur fond de rock sonique. Un disque radical, fort, violent et fiévreux.   

Quatre Vagues sur les hauteurs du Revermont/Photo Aurélien MARIAT

Yann Ponthus au chant, à la guitare et aux textes, son petit-frère Tanguy à la batterie, Pablo à la basse, Paolo à la guitare. Ces quatre-là ne se sont pas quittés depuis les années lycée et poursuivent ensemble la Vagues aventure. Ils ont juste un petit peu vieilli depuis la sortie de premier (et remarquable) cinq-titres, Depuis les toits, en 2017 : le quatuor originaire de Bresse-Revermont accuse désormais… 23 ans de moyenne d’âge ! Tous en fins d’études à Lyon, munis de solides références en Conservatoire qui les prédestinent à l’enseignement musical.

Sortir du silence

Défendre l’album en live/Photo Marc DAZY

Les obligations universitaires et le Covid expliquent la longue gestation du deuxième album. « On devait le sortir en avril dernier. Mais la tournée a été annulée, regrette Yann. On l’a reprogrammé, parce que pour nous, il est important de le défendre en live. Petit à petit, on s’est rendu compte que ça devenait impossible. Comme on ne pouvait pas rester éternellement dans le silence, on a décidé de le publier à l’automne ». Sortie officielle du deuxième EP cinq-titres de Vagues, Aux portes de la nuit, le vendredi 23 octobre 2020.

100% autoproduit. « On ne veut pas passer pour des mendiants, mais comme le disque est complètement autoproduit, de la maquette à la promo, on a lancé un financement participatif pour rentrer un peu dans nos frais ». Résultat : 2000 € de précommandes. Pas si mal.

Stylisé et stylé

Vagues nouvel album aux portes de la nuit
/Artwork d’après une photographie d’Isabel Lojo

Rien à voir en tous cas avec un truc de clochard bricolé dans l’urgence. Vagues a pris le temps de chiader. Mention aux ingénieux du son du studio la Cafetière de Viriat (Léo Badoux, Gabin Poupon et Rémi Dutheil), et au mastering pointu de Mathieu Monnot.

Quant à la pochette griffée par la photographe espagnole Isabel Lojo, elle est tout simplement superbe. Paysage nocturne, robe bleu nuit, où se projettent l’ombre noire des arbres, et le logo blanc  des deux Vagues. Stylisé et stylé.

Voyage au bout de la nuit

Aux portes de la nuit, c’est la destination fatale d’une l’humanité embarquée dans une course démente vers l’obscurité du vide. Réchauffement climatique, destruction systématique, éléments déchaînés, chaos programmé, extinction de l’espèce… L’album nous mène droit à la cata.

Le voyage au bout de la nuit va ainsi crescendo jusqu’à la désintégration. D’entrée, on roule à toute allure au bord du précipice pour un Dernier virage qui conduit aux Impasses.

Les deux premiers titres débouchent sur Le Velours du soir, l’un des sommets de l’album. Douceur funeste, calme relatif annonciateur du désastre. « Une escadre de bateaux – sans bruit – venus là pour attendre que s’ouvrent sans esclandre les Portes de la nuit ».

Après, badaboum ! Grand incendie et Tempête règlent définitivement son compte à la planète.

Grand incendie terroriste

« Je vois le ciel couleur bleu nuit, les débris d’un grand incendie. Des méandres de mon esprit s’envolent par volutes éparse et partent en fumées denses ». On pense tout de suite au titre visionnaire de Noir Désir, sorti juste avant les attentats de 2001. « Je n’y ai pensé qu’après coup. Ce n’est que quelques mois après que j’ai fait le lien entre les deux ». Corrélation troublante. « En fait, j’ai écrit ce morceau suite aux attentats du Bataclan. Ce soir-là, je me trouvais à deux pas. Je mangeais avec un copain quand on a vu les bagnoles de flics passer. On a passé le reste de la nuit terrés dans le salon a regarder les infos ».

L’apocalypse en 12’26

Si Grand incendie terrifie, que dire de La Tempête qui clôt magistralement « l’alboum » par cette suite punk’n’destroy !? Le paroxysme du séisme, l’apocalypse en 12’26. « Lève-toi, réveille-toi, fais quelque chose ! Nous sommes en train de tout détruire. Ton espèce tue et détruit tout sur ton passage » hurle Yann. Ni poésie ni fioritures, mais un long psaume incantatoire, libératoire, où l’auteur déverse toute sa rage. Orage et désespoir.

Que restera-t-il après la tempête ? « Rien, le vide, le néant ». Quatre coups résonnent à la fin et puis plus rien, rien que le silence de la nuit.

Hanté

Vagues Yann Pönthus
/Photo Marc DAZY

« Ma grosse hantise, c’est de le perdre en live » reconnait Yann à propos de La Tempête. Ce morceau le hante d’ailleurs littéralement. « Je rentre complètement dans un personnage qui ne me ressemble pas forcément. Quand je le chante, j’ai des accès de colère. Je suis tellement énervé que je pète le micro. Je suis limite au bord des larmes ».

Corps et âmes

« Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir » comme disait Jojo. On déconseillera ce petit brûlot de collapsologie à ceux que la fin du monde angoisse. Si l’on préfère les œuvres radicales au filet d’eau tiède qui nous ramollit la couenne à longueur de journée, on recommandera chaleureusement ce cinq-titres fort, dense, violent et fiévreux.

Vagues nouvel album
/Photo Aurélien MARIAT

Vagues a durci et noirci le propos. Musique en rapport, entre post-rock (très) sonique, déflagrations atomiques et plages sous haute tension. Exit la pop aimable et le romantisme de la prime jeunesse. Sous influence diverses (Bashung, Tom Yorke notamment), Yann Ponthus compose des textes bruts qu’il interprète corps et âme. Il se jette dedans autant qu’il nous les jette à la figure, aussi convaincant dans le spoken-word (parlé-chanté) que dans le lyrisme exalté.

 Miroir, terrifiant miroir

« Too much » ? « La période est bien assez anxiogène, inutile d’en rajouter encore une couche et finir de plomber l’ambiance » diront certains. On leur objectera que Vagues nous tend juste un miroir. On peut choisir de le casser. Ou y voir la vision d’une époque effectivement terrifiante.

Liens

Vagues. Aux portes de la nuit (InOuïe Distribution). CD, vinyles et en ligne sur tous les sites de streaming.

Ecoute et achat sur BandCamp https://vaguesfr.bandcamp.com/

Contacts : facebook.com/VAGUESFR; https://www.youtube.com/VAGUESFR; vagues@gmail.com ;

Dark Mazy

2 réflexions sur « Vagues, nouvel album : la fin du monde est aux portes de la nuit »

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