Les albums de l’année 2020 : le best ouf de Rockenblog

Albums de l'année. Working Men's Club, Bob Dylan, Fontaines D.C., Suzane. Le carré d'as de Rockenblog

Alors, tes albums de l’année ? Question rituelle à la table du réveillon, fût-il confiné. A défaut de spectacle vivant, 2020 pure année de m…., aura produit d’authentiques chefs d’œuvres discographiques. Rien qu’en se limitant à la famille rock, pop, folk et chanson, on aurait pu dresser au moins dix playlists.  Révélations, confirmations ou crépuscules, voici le top 10 de Rockenblog. En totale subjectivité et parfaite mauvaise foi, bien sûr.  

1. Working Men’s Club.

Albums de l'année 2020. Working Men's Club

Working Men’s Club, le club des travailleurs, l’un de ces pubs de l’Angleterre industrieuse où les prolos se retrouvent après le boulot. Working Men’s Club, le groupe, revendique ses origines haut et fort. Grandi à Todmorden, bourgade du Yorkshire à équidistance de leeds et de Manchester, ce quatuor tout beau, tout neuf ne renie pas non plus ses ascendance musicales : Joy Division, New Order et autres Happy Mondays… Ce post-punk classe et glacé teinté d’électro toxique, ce mix martial et teufeur made in «Madchester», qui allait précipiter la jeunesse de la fin des années 80 sur les pistes de danse de toutes les Haçiendas du monde.

Entre pogo et disco, grosses guitares et synthés sous acide, WMC transforme le cocktail en bombe atomique. Mené par Syd Minski-Sergeant, chanteur de vingt ans ans complètement halluciné, sans doute l’attraction scénique de l’année 2021 si Covid le veut. En attendant, number one des albums de l’année, sans hésitation. (Heavenly/PIAS)

2. Bob Dylan. Rough and rowdy ways

Albums de l'année 2020. Dylan

Dylan, lui, aligne les albums de l’année depuis six décennies. Sur ce disque testamentaire, le Zim rembobine soixante ans d’actualité et de pop culture, notamment sur Murder Most Foul, pièce d’anthologie de dix-sept minutes. Blues électrique (son dada), valses lentes, country enjouée ou ballades folkeuses… Avec ces façons brutes et turbulentes (rough and rowdy ways) mais toujours élégantes, le gentleman dandy livre l’un de ses plus grands albums, dans la veine de, euh… disons Highway 61 Revisited (1965). 55 ans (!) plus tard, il n’a jamais semblé aussi affûté, joueur et pertinent. En un mot essentiel. Dylan devrait rester ouvert, même le dimanche. (Columbia)

3. Fontaine D.C. A Hero’s Death

Albums de l'année 2020. Fontaines D.C.

La pochette figure Cù Chulainn, demi-dieu de la mythologie irlandaise. C’est que ces Dubliners creusent eux-aussi au plus profond des racines. Ils en extraient un deuxième album moins foldingo que le précédent. Le post punk pétaradant des origines se fait plus mélodique. Dans une parfaite cohérence, les guitares flamboyantes partagent le festin avec des ballades lancinantes aux mantras obsédants. Et c’est splendide. (Partisan Records/PIAS)

4. Suzane. Toï Toï

Albums de l'année 2020. Suzane Album Toï Toï

Guerrière seule en scène, chanteuse hors-pair, danseuse galactique, fabuleuse conteuse d’histoires vraies sur fond d’électro fêtarde, castagneuse ou rêveuse. Suzane publie quatorze titres qu’elle a beaucoup tournés. Autant de chroniques cinglantes à la justesse confondante.  «Toï, toï !» Expression utilisée par les artistes pour se souhaiter bonne chance. Une façon plus élégante de se dire merde ou de cracher par terre. Allez, «Toï, toï» au premier album de Suzane. Emotion, émotion… Tel SLT, grosse baffe à l’adresse des harceleurs de tous poils. (3ème Bureau/Wagram Music)

5. Pascal Comelade. Le cut-up populaire

Albums de l'année 2020. Pascal Comelade

Le grand néon à roulettes, L’horizon perdu du cornet à gidouille, Les radis contiennent du radium, Des rails en mou de veau… Lire les titres d’un album de Pascal Comelade est déjà un ravissement. Les écouter en boucle est un pur bonheur. Suffit juste de se laisser porter par ces atmosphères gentiment loufoques. Flâner dans ce bazar savant jalonné de mille instruments, guitares rock, trompettes en plastique, pianos jouet ou boîtes de conserves. Croiser un orchestre à cordes ou les compatriotes catalans des Limiñanas. Tourner léger sur ces musiques de fête foraine, et se perdre au pays des merveilles de l’absurde. C’est ça le cut-up populaire. (Because music)

6. Laura Marling. Song for our daughter

Laura Marling

La folkeuse britannique a enregistré à la maison et publié son septième album en plein confinement. Mais ça ne s’entend guère, tant Song for our daughter sonne ample, avec tapis de cordes, chœurs éthérés et percussions de velours. Laura Marling joue aussi de la guitare comme personne, ou plus exactement comme un Jimmy Page (son maître) au coin du feu. Elle y chante les chansons/confidences qu’une mère pourrait murmurer à sa fille avant qu’elle ne devienne femme. Ode sensible à la féminité et album folk magistral. (Partisan Records/PIAS)

7. Fantastic Negrito. Have you lost your mind yet?

Albums de l'année 2020. Fantastic Negrito

Le troisième album de Xavier Amin Dphrepaulezz, aka Fantastic Negrito, Somalien d’origine, citoyen d’Oakland, personnage fantasque à la vie rocambolesque. Il la chante dans un mélange incendiaire de soul, funk, blues, rythm’n’blues ou gospel à vous faire effectivement perdre l’esprit. Ou tout au moins tourner trois fois dans vos chaussettes. Le plus fonky sexy des albums de l’année. On en avait besoin. (Cooking Vinyl)

8. Mark Lanegan. Straight songs of sorrrow

Mark Lanegan

En revanche, ne comptez pas sur Mark Lanegan pour vous remonter le moral. Le loup-garou de Seattle, le gourou du grunge, le compagnon d’addictions de Curt Cobain, le chanteur hanté de Screamin Trees, le stoner de Queens of the Stone Age, mais aussi le folkeux doux et sensible, capable de duettiser avec Isobel Campbell de Belle & Sebastian… Mark Lanegan donc, revient avec un album crépusculaire et une biographie. Rock électrique et complaintes magnifiques. Bilan d’un survivant. C’est triste. Mais qu’est-ce que c’est beau ! (Heavenly/PIAS)

9. Dani. Horizons dorés

Horizons dorés Dani.
/Photo JB MONDINO

Dans le genre survivor de tous les excès, Dani n’est pas mal non plus. Au soir de sa vie, l’égérie des nuits parisiennes compile neuf chansons de son répertoire passé ou actuel, sobrement accompagnée par la guitariste Emilie Marsh. La formule guitare rock-voix rauque aurait dû constituer la trame sonore d’un spectacle hommage aux figures féminines. Confinement oblige, la voici sur l’un des albums de l’année.

Dani (re)visite avec délice ces comptines certes désabusées, mais si élégantes et follement drôles. Avec ses rimes en «ingue» (bringue, flingue, déglingue, vieille carlingue…) Dingue résume le totem de la dame. Une panthère noire, que cet autre grand fauve de Joey Starr vient renifler dans un final animal. Kesta Kesta ? (Washi Washa/Warner)

10. Barbara Carlotti. Corse île d’amour 

Barbara Carlotti Corse, île d'amour

Confinés déconfits, l’envie de bouger vous démange ? Barbara Carlotti vous offre le voyage en Corse. Enjôleuse, mystérieuse, magnétique, elle incarne son île d’amour de sa belle voix grave et de sa présence si sensuelle.  Les chants insulaires et la variété des années 60/70, le souffle du vent dans le maquis et le chuchotement d’une rivière, le farniente, Solenzara et Tino Rossi. Fermez les yeux, vous y êtes. (Elektra / Warner Music France)

Hors-catégorie. Lo’Jo. Transe de papier

Albums Lo'Jo

Hors-normes, hors-temps, hors tout, les disques de Lo’Jo échappent à toute classification. Tel ce Transe de papier sorti en catimini début décembre, à l’heure où les rédactions bouclent leurs playlists de l’année. On y retrouve la poésie humaniste et cosmique de Denis Péan, les métissages sans frontières, les rythmes chaloupés, les voix et les multi-instruments en harmonie qui font la griffe de ces gens si singuliers. En bonus, deux invités prestigieux ont poussé la porte du studio londonien de Real Word : Robert Wyatt himself et le regretté Tony Allen. Hors-normes on vous dit. (Lojo)

Interview de Denis Péan à suivre dans le prochain Rockenblog.

Dark Mazy

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