Festivals, coronavirus et roulette russe !

Les festivals programmés avant « la mi–juillet au moins » sont annulés. D’autres, prévus après, tombent ou vont tomber. D’autres espèrent passer entre les balles. Lesquels peuvent s’en sortir ? Faites vos jeux.

Gestes barrières ? Quels gestes barrières dans une foule coagulée ?/Photo presse Paléo

Donc, « Les grands festivals et événements avec un public nombreux, ne pourront se tenir au moins jusqu’à mi-juillet » qu’il a dit. Depuis l’allocution présidentielle, les festivals estivaux se divisent en deux catégories.

Ceux qui étaient programmés avant le 15 juillet sont annulés. Au mieux « reportés » (lire par ailleurs). Mais quand, sinon en 2021 ou aux calendes grecques !? De Br’Ain de Cirque au festival d’Avignon, des Vieilles Charrues à En Grangeons la musique, via le Good Rockin’Tonight, le Printemps de Pérouges, les Eurockéennes de Belfort, les Nuits de Fourvière, Musilac, Idéklic, Jazz à Vienne ou Swing sous les étoiles, des plus modestes aux plus massifs, la liste des annulations dessine un champ de ruines façon Guernica.

A quand les grands festivals d’antan ?

Pour ceux de l’après « mi-juillet au moins », c’est plus compliqué. Officiellement, les organisateurs maintiennent l’événement. Bien obligés. Ils doivent attendre un nouveau décret d’interdiction, surtout pas annuler de leur fait sous peine d’être retoqués par des assurances réticentes à couvrir le risque pandémique. Voir à cet égard le bras de fer engagé par le Hellfest avec son assureur.

Après, il ne faut pas se la raconter. Qu’est ce qui va bien pouvoir se passer dans la nuit du 15 au 16 juillet ? Le Coronavirus va-t-il s’arrêter d’un coup, tel le nuage de Tchernobyl à la frontière française ? L’ensemble de la population sera-t-elle masquée, testée, vaccinée pour envisager des rassemblements de milliers de festivaliers du jour au lendemain ? Non. En vrai, il faudra bien plus d’un été pour retrouver les grands festivals d’antan. D’autant qu’aujourd’hui, personne n’a envie de se retrouver coagulé dans une foule monstre. Pas un hasard si les réservations sont au point mort. Dans ces conditions, qui va oser monter à la va-comme-je-te-pousse des événements aussi aléatoires ? Avec quel public ? Quels artistes ? Quelle logistique ?

Faites vos jeux

Les petites jauges et la configuration « parcs et châteaux » plaident pour Cuivres en Dombes/Photo Marc DAZY

Si déconfinement il y a, la lente remise en route des festivals dépendra de la situation sanitaire, de la date – plus on avance vers l’automne, meilleur c’est – du nombre de spectateurs annoncés et de la configuration du site.  Exemple, réunir un public international de 35 000 festivaliers par jour pendant la semaine du 20 au 26 juillet est inimaginable, même avec Céline Dion en tête d’affiche ! Mais en dehors du totem du Paléo, toutes les éventualités sont envisageables. Après le 15 juillet, des festivals continueront à tomber. D’autres espèrent passer entre les balles. Lesquels peuvent s’en sortir ? Faites vos jeux. C’est la roulette russe du coronavirus.

  • Oh ! Bugey. 7e édition. 16, 17, 18 juillet à Oyonnax. Pascal Obispo, Claudio Capéo… Plus qu’improbable. Certes, la date fatidique sera légèrement dépassée. Mais on voit mal des centaines de visiteurs se rassembler au parc René Nicod le confinement à peine levé, s’il est levé. Annulation ou report ? Wait and see.
  • Nuits Sonores. 18e édition. Prévues initialement du 19 au 24 mai, les Nuits ont été déplacées du 22 au 26 juillet. Sera-ce suffisant pour maintenir le must de l’électro à Lyon ? Hé non. L’association organisatrice Arty Farty vient d’annoncer que le festival n’aura pas lieu fin juillet. Report en fin d’année ? En 2021 ? Réponse le 19 mai.
  • Cuivres en Dombes. 24e édition. Du 25 juin au 1er août dans des hauts lieux de la Dombes. Les Cuivres dans tous leurs états. Le concert d’ouverture du 25 juin (Mnozil Brass/Pandaemonimum) est reporté au 12 novembre à l’Espace Bel Air de Châtillon-sur-Chalaronne. Les 11 autres concerts sont programmés du 21 juillet au 1er août. Compliqué. Mais vu les petites jauges et les configurations « parcs & châteaux », ça peut passer à l’orange… Avec beaucoup d’optimisme.
  • Sylak Open Air. 10e édition. Du 31 juillet au 2 août à Saint-Maurice-de-Gourdans. Behemot, Napalm Death, Ultra Vomit et la fine fleur du métal radical. Des milliers de petits agités, des slams dans la foule et des pogos à gogo ? Ce sera dur.
  • Woodstower. 22e édition. Du 27 au 30 août au grand parc de Miribel-Jonage. PLK, Roméo Elvis, Gaël Faye… Le festival « pour danser avant la rentrée » ? Peut-être, à condition que le déconfinement progressif ait beaucoup progressé ! Sachant que la chaleur de l’événement le situe à l’opposé de la distanciation sociale.
  • Rock En Seine. 16e édition. Du 29 août au 1er septembre, à Paris-Saint-Cloud. Rage Against The Machine. C’est mal barré. Déjà, accueillir 110 000 spectateurs en trois jours dans une après-pandémie incertaine relève de la gageure. En plus, le festival risque de se retrouver privé des têtes d’affiche internationales qui réduisent la voilure.
  • Les Musicales de Villars-lès-Dombes. 11e édition, du 30 août au 12 septembre. Variété variée, de Paolo Conte à Yannick Noah, via Vitaa & Slimane, Ibrahim Maalouf ou Daniel Guichard. Le directeur du parc des Oiseaux a-t-il lu dans les entrailles de l’un de ses pensionnaires, lorsqu’il a décalé ses Musicales de juin/juillet à août-septembre, bien avant que ne sévisse le coronavirus ? Comme pour Cuivres en Dombes, la jauge et la configuration plaident pour la tenue du festival. Encore plus en raison de la date.
  • Ambronay. 41e édition, du 11 septembre au 4 octobre à  l’abbaye et dans les villages alentours. LE festival de musique baroque par excellence. L’automne, de l’espace, un site patrimonial modulable, un public adepte de la distanciation sociale… S’il n’en reste qu’un, ce sera celui-là.   
Des dates décalées, un site étalé. Les antidotes des Musicales/Photo Yves THONNERIEUX

Montreux Jazz, Paléo, Guitares en Scène annulés

Trois géants viennent de tomber ces dernières heures. Côté Helvéte, pas d’interdiction officielle « jusqu’à la mi-juillet au moins » de la part d’un Conseil fédéral étrangement « Suisse ». Montreux Jazz Festival et le Paléo Festival de Nyon n’ont pas attendu que les instances fédérales se décident pour annuler leurs éditions 2020. La 54e pour Montreux devait se dérouler du 8 au 18 juillet. Du 20 au 26 juillet pour la 45e du Paléo qui est reporté à 2021. Côté français de la frontière, c’est Guitare en Scène qui débranche. Le festival devait se tenir du 16 au 19 juillet à Saint-Julien-en-Genevois (Haute-Savoie), avec Deep Purple, Ben Harper ou Rodrigo y Gabriela à l’affiche.

« Gardez vos billets au chaud ! »

Sting reprogrammé au Printemps de Pérouges le 30 juin 2021/Photo Martin Kiersenbaum

C’est le conseil donné par la plupart des festivals qui préfèrent parler de report en 2021, plus que d’annulation en 2020. Dans l’esprit « On efface tout et on recommence », chacun travaille à rebâtir une affiche à l’identique ou presque pour l’an prochain. C’est ainsi que le Paléo réannonce la venue de Céline Dion en juillet 21, et le Printemps de Pérouges celle de Sting, le 30 juin de la même année. Garder ses billets au chaud permet d’éviter la course aux guichets (les billets s’étaient arrachés pour ces deux dates), mais aussi de soutenir des finances dans le rouge.

Bonus Crock’n’roll

Dark Mazy

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